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Interview Corse-Matin 2

L'interview dans Corse-Matin :

Dans une société aussi codifiée que la nôtre, traverser hors des passages cloutés s'apparente à un luxe, et le rock reste le plus sûr moyen d'y parvenir. Avant d'être une star du PAF par sa simple présence charismatique au jury de la Nouvelle Star, Philippe Manœuvre a su incarner un rock à la française, notamment grâce à l'émission Les Enfants du Rock et depuis déjà 18 ans au titre de rédacteur en chef du magazine Rock&Folk.

À 57 ans, Phil Man « trace sa route », fourmille d'idées, d'envies, de projets… et n'est pas prêt de raccrocher ses lunettes noires. Et court partout comme un adolescent. Avant une rentrée chargée, il s'est accordé une pause estivale à Ajaccio chez son amie Valérie Santarelli, avec laquelle il a travaillé durant dix ans à la télé… Entre soirées de franches rigolades empreintes de ritournelles, des parties de plages ensoleillées, Philippe Manœuvre s'offre un entracte à la boutique Empires pour une rencontre électrique.

Un DVD, un livre, des concerts… Votre actualité de la rentrée est plutôt chargée…

Je trace ma route. Il faut s'organiser mentalement pour avoir des choses à faire, ne pas attendre chez soi devant un téléphone qui risque de ne plus jamais sonner. J'ai décidé de vivre ma vie selon la morale des Rolling Stones : « Ni remords ni regrets ». Il faut continuer à aller de l'avant.

En renouant s'il le faut avec le passé ?

Si vous parlez des Enfants du Rock, alors oui. Cette émission est quelque part mythique. Elle a laissé une trace. Tous les jours, des gens m'arrêtent dans la rue pour me parler de ce programme. Il faut que les gens sachent que ce n'est pas nous qui avons voulu arrêter en 1988. Mais bel et bien la chaîne. La musique a beaucoup souffert de cet arrêt et force est de reconnaître que depuis, il ne s'est pas passé grand-chose. Nous aurions pu aider tant d'artistes si elle avait pu continuer…

D'où l'idée de sortir un Dvd ?

C'est Sony qui nous a contactés Jean-Pierre Dionnet et moi-même afin de rééditer une série d'émissions dans le cadre des Enfants du Rock. Au départ, j'ai été quelque peu réticent. C'était bizarre de me revoir 25 ans après. Le plus choquant, c'était de me revoir dans certaines tenues. Et puis, en visionnant de plus près des dizaines d'heures cet hiver, j'ai trouvé ça mieux que dans certains de mes souvenirs. Au final, ce que nous avons fait entre 1982 et 1988 était assez impressionnant. Il s'est passé un truc. Pendant ce laps de temps, il y a vraiment eu une émission rock en France.

Quand la sortie est-elle prévue et quel en sera le contenu ?

Nous allons rééditer Sex machine. C'était une émission de funk avec James Brown, Prince, Madonna, Michael Jackson. Pour Noël, il y aura donc un double Dvd avec quatre heures de sketchs, de gags, de musique…

Un livre est également au programme des festivités…

Oui, il s'agit de la suite de Rock'n'Roll : la discothèque idéale : 101 disques qui ont changé le monde, paru chez Albin Michel en 2006. Ce livre d'art avait connu un succès colossal avec plus de 50 000 ventes. Dans cet ouvrage, je chroniquais 100 disques rock. Et raconter le rock en 100 disques peut paraître un peu léger. J'ai d'ailleurs eu beaucoup de plaintes - sympathiques - de gens frustrés qui avaient envie que l'on continue d'explorer cet âge d'or du rock (1965-1979)… et comme, Albin Michel, attendait depuis six ans ce deuxième volume, je me suis enfin décidé.

Au secours Marcel Proust ! Philippe Manœuvre est un garçon qui ne se déboutonne pas facilement même en vacances à Ajaccio. Sortons donc le bon vieux questionnaire, légèrement modifié pour la circonstance.

Votre devise ?

« Ni remords ni regrets ». Elle fait son office depuis toujours. Je suis un rocker. Depuis 1975, je travaille dans le rock. Tout ce que nous avons réalisé, nous l'avons fait avec tout notre cœur et à 110 %. Quand je vous dis que je vais venir à Ajaccio au mois de novembre voir des jeunes groupes, ça m'éclate, ça m'excite. Derrière ces groupes de gamins se cache peut-être la star de demain. Avant de participer à la Nouvelle Star, j'ai quand même organisé avec ma fille pendant trois ans, tous les vendredis au Gibus, les Rock'n'roll Friday. Le spectacle a une dimension sublime… J'adore ça.

Votre plus grande peur ?

Les méduses (grand éclat de rires). Plus sérieusement, c'est la fin du monde annoncée pour 2012. On attend tous ça avec impatience. S'il ne se passe rien en décembre 2012, on sera déçus.

Vos héros ?

Ce sont tous des musiciens. Des rockeurs impérissables mais aussi des inconnus. C'est les bluesmen comme Muddy Waters ou Ike Turner. Des gens qui ont tout donné pour exercer leur métier dans des conditions extrêmement difficiles. Ils ont connu une Amérique ségrégationniste quand ils sévissaient en 1954 et 61. Il fallait qu'ils rentrent par les cuisines parce qu'ils étaient noirs. Et ces gars ont trouvé la force de donner de la joie, de raconter leurs tourments…

La faute pour laquelle vous avez le moins d'indulgence ?

La fausse note (rires). Je déteste les fausses notes au même titre que Yarol Poupaud, le guitariste du groupe FFF. Quand nous étions au Gibus, il n'hésitait d'ailleurs pas à monter sur scène pour raccorder les guitares des gamins. Car quand ça joue juste tout devient possible.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

La ponctualité. Je trouve que c'est l'une des dernières rares élégances.

Et chez une femme ?

J'aime bien les organisatrices, les réalisatrices. Bref, les femmes d'action. C'est ça l'événement de ces vingt dernières années. On voit les femmes surgir. Elles nous esbroufent, elles nous épatent.

Quel serait pour vous le plus grand accomplissement?

(Un temps de réflexion). J'ai eu la chance d'en vivre pas mal ces dernières années. Mais le plus intense reste l'organisation du premier concert des Stooges au Bol d'Or en 2003. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir tenir un pareil rôle dans l'histoire de la musique en France. On pensait ce groupe définitivement détruit. Pendant vingt ans, on a dit à Iggy dansRock & Folk et ailleurs que ce serait bien d'essayer de le remonter. Et un jour il l'a fait. Ça a dépassé nos espérances. Et d'avoir la responsabilité de les conduire au Bol d'Or devant 50 000 motards en folie, c'était tout simplement hallucinant.Et huit ans plus tard, ça continue Ils sont venus dernièrement à Patrimonio. Des amis m'en ont parlé sur la plage, les larmes aux yeux. Ils ont vu les Stooges en Corse. En tant que critique musical avoir aidé au retour d'un phénomène musical, c'est réellement génial.

Votre occupation préférée ?

Écouter des disques, de la musique. Ça va faire monomaniaque mais j'adore écouter des vinyles.

Le dernier fou rire ?

C'est difficile parce que nous en avons tous les jours à la plage. C'est pour cela que nous venons nous relaxer ici.

Qu'est-ce que vous possédez de plus précieux ?

Ma fiancée. J'allais dire ma chaîne stéréo. (Il s'interroge) On ne possède pas les gens. Qu'est ce que je possède de plus précieux? Oui, ma chaîne et mes disques. Chacun de mes vinyles me rappelle un lieu, un moment… C'est merveilleux, parce que ça dort. Et dès que l'on met un disque sur la platine tout se réactive...

Que changeriez-vous à votre physique ?

(Long sifflement). J'aimerais bien avoir les yeux bleus (éclat de rire).

Vos qualités ?

Non... Là je ne peux pas répondre. J'en suis incapable.

Des défauts ?

J'essaye de les corriger au maximum. Des fois, je regarde ces sketches... Je suis effaré de me voir. Les coupes de cheveux, les lunettes, les chemises boutonnées jusqu'au col.

Vous continuez également de promouvoir la jeune scène française ?

Évidemment. Je dois revenir à Ajaccio au mois de novembre avec le club Gibus qui organise le festival rock interécoles dans toutes les villes de France. Nous avions fait avec Rock&Folk un festival au Gibus où nous « défrichions » les groupes parisiens et de la banlieue. Ça avait été colossal. Les BB Brunes sortaient d'ailleurs de ce mouvement. Depuis, le Gibus tourne en province, à Lyon, Poitiers, Marseille pour écouter les groupes locaux. Une présélection est faite puis une dizaine de groupes se retrouve à Paris. L'an dernier, j'ai présenté la finale dans un Olympia comble. Et donc cette année, je suis invité à Ajaccio car les organisateurs savent que c'est une ville qui me tient particulièrement à cœur.

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