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Interview de P.M. par Radio Metal

« Le metal est un genre quasi mort »

Nous sommes en décembre 1997 et cette phrase est tirée d’un papier de Philippe Manœuvre dans le magazine Rock & Folk. En effet, la citation ci-dessus est présente dans la chronique de l’album Reload, un des opus les plus critiqués de Metallica. Vous pouvez d’ailleurs savourer la chronique en question sur ce lien* et vous attendre à un concours spécial sur le sujet dans les prochaines minutes... Philippe Manœuvre a sorti l’année dernière un nouveau livre intitulé Le Rock Français. Le critique musical, rédacteur en chef du magazine Rock & Folk et ancien membre du jury de la « Nouvelle Star » sur M6 était de passage à Lyon pour une rencontre/dédicace (voir la vidéo en fin d'article !) avec ses aficionados. Une bonne occasion de discuter metal avec l’un des plus grands critiques rock français encore en activité.

Voici les principaux thèmes abordés lors de cet entretien littéralement immanquable : le metal d’aujourd’hui, l’importance du Hellfest (il y sera d’ailleurs !), Slipknot et la drogue, le magazine Rock Hard et beaucoup d’autres choses. Quand on passe dix minutes dans un taxi qui relie la Fnac Bellecour à la Gare de la Part-Dieu en compagnie de Philippe Manœuvre, on ne perd pas son temps. Cette conversation, nous vous la proposons ci-dessous à l’écrit mais également en streaming.

Car pour beaucoup d’entre nous, Philippe Manœuvre c’est avant tout une voix...

Radio Metal : Vous aviez écrit en décembre 1997 dans Rock & Folk qu’avec Reload de Metallica le metal était « un genre quasi mort ». Nous sommes quatorze ans après, est-ce que vous maintenez le propos et quelle est votre vision du metal aujourd’hui ?

Philippe Manoeuvre : Le metal, c’est la musique qui va le mieux. Ce sont des gars qui sont hyper bien installés, avec leurs fan-clubs. Ce sont eux, les groupes de metal, qui ont les meilleurs fans, ils ont vraiment des gens qui les suivent à l’image de ce qu’étaient les fans des années 60. C’est des gens qui ne se posent pas de questions et ils aiment bien le rock un peu violent, un peu fort et voilà, c’est comme ça. Oui, à un moment, j’ai été déçu par Metallica, j’ai trouvé qu’en tant que premier groupe de metal mondial ils avaient un problème. Mais eux-mêmes l’ont reconnu, c’était le problème de tous leurs DVD (NDLR : référence au film Some Kind Of Monster consacré à Metallica où un « thérapeute » intervient pour aider le groupe à résoudre ses soucis de communication) et c’était ces albums abominables qu’ils essayaient de faire. Ils n’avaient plus la flamme, ils n’avaient plus la foi […] Aujourd’hui sur le metal il n’y a peut-être plus LE groupe de pointe que tout le monde attend, qui serait le groupe que tout le monde veut voir etc. Mais il y a des festivals. Et notamment la Hellfest (sic), en France, qui me semble vraiment être le grand festival metal qu’on attendait. Où tout le monde est content d’aller à cette putain de Hellfest qu’on a vu arriver y'a quatre ans (NDLR : 2011 sera en fait la sixième édition du Hellfest).

Et vous y serez cette année ?

Ah, ouais, cette année j’y vais car y'a Iggy And The Stooges et Ozzy Osbourne qui sont vraiment deux personnes que je respecte profondément et je pourrais traverser le monde pour voir Iggy et Ozzy sur la même scène à deux jours d’écarts. C’est vraiment quelque chose de formidable quoi, je le ferai là.

Du coup l’arrivée du Sonisphere ne va-t-elle pas être problématique pour le Hellfest ?

Nan, pas du tout ! Mais vous savez, si y’a d’la place pour un, y’a de la place pour deux ! J’crois que la Hellfest est un festival international. Je crois que les gamins, les gens, les vrais fans savent que c’est Ben Barbaud (le programmateur du festival), qui est un mec comme eux, qui vient du même monde, qui faisait de la VPC quand il avait 16 ans... Moi, j’étais avec lui à Baltimore pour voir Mötley Crüe. En sortant du concert, lui, il allait dans des clubs parce qu’y avait un groupe, les « gouga gouma » (NDLR : nom inventé... ou vraiment inconnu !) qui jouait je sais pas où... C’est un véritable fou furieux ! Il m’a rappelé moi quand j’étais jeune.

"J’crois que la Hellfest est un festival international. Je crois que les gamins, les gens, les vrais fans savent que c’est Ben Barbaud (le programmateur du festival), qui est un mec comme eux, qui vient du même monde, qui faisait de la VPC quand il avait 16 ans... [...] C’est un véritable fou furieux ! Il m’a rappelé moi quand j’étais jeune."

 

Et la presse magazine aujourd’hui ? Vous aviez dernièrement fait avec Rock & Folk une couv’ sur Iron Maiden en disant que c’était le dernier groupe. Est-ce que c’est le dernier groupe « metal » ou le dernier grand groupe en règle générale ?

C’est le dernier grand groupe de toute cette génération. Les derniers groupes, c’est Queen, Iron Maiden, le truc se referme après. C’est complet. Le truc est fini quoi, un peu terminé. Bah, c’est important qu’il soit toujours là. Avec leurs trois guitares, c’est assez wagnérien et aujourd’hui les gens sont friands de spectacle comme ça. Quand on va voir Iron Maiden, qu’on aime ou qu’on n’aime pas les trois guitares wagnériennes, c’est loin du blues. Mais quand on aime la guitare électrique on prend une claque quoi ! On se dit « voilà des mecs qui maîtrisent un peu ». Et puis je les ai rencontrés et je dois dire que Bruce Dickinson est un des êtres humains les plus sympathiques, les plus chaleureux, les plus amicaux que j’ai rencontré. Vraiment un gars formidable. Et ça trompe pas vous savez. Tous ces groupes qui sont restés trente ans, c’était des mecs assez déments, on peut les aimer hein, parce que...

Mais justement les Kiss, Maiden, Scorpions finiront bien par disparaître et peut-être même là, dans pas longtemps...

C’est LA grosse question qu’on se pose tous.

Justement une relève existe-t-elle, pour vous, sur le metal, le hard ?

Y’a Gojira hein ! Y’a Gojira, y’a les petits quand même, ça va.

Oui mais Gojira vend aujourd’hui vingt mille exemplaires en France, c’est ça le problème...

Ils sont à la recherche de la grande chanson. Ils la trouveront. Vous savez, y’a des groupes où le premier album met tout le monde d’équerre puis après on assiste au déclin du truc et puis y’a des groupes, le premier album... Bah, c’est une prise de contact et après on voit bien que ça monte. Ce sont des groupes de terrain et Gojira, c’est ça : c’est un groupe qui fait plaisir à tout le monde. Regardez Metallica, ils ont mis longtemps avant d’écrire « Enter Sandman » et pour moi c’était la fin du truc ! (rires) C’était la fin créative mais au départ c’était autre chose : ils venaient comme toute nouvelle génération. Je crois qu’une nouvelle génération qui arrive, il faut qu’elle ait envie de dégager les vieux et là aujourd’hui c’est ça qui est gênant, les jeunes qui arrivent ont le respect des vieux. Nous, on l’avait pas. Moi je voulais dégager l’accordéon, c’était des trucs abominables. En même temps aujourd’hui les vieux, c’est AC/DC. Et est-ce qu’AC/DC je voudrais les dégager ? Non j’dirais, c’est formidable aussi. Je le dis. Alors voilà, on est dans un autre monde et faut qu’on trouve d’autres moyens et ça doit passer par les chansons.

"Slipknot, c’est un truc de jeunesse. C’est un peu comme 2Be3, c’est une époque de passage. [...] Apparemment y’a beaucoup de défonce dans ce groupe et ça devient nuisible, y’a des morts maintenant. Moi, j’aime bien la défonce mais tant qu’on rigole quoi. Mais si y’a des morts, c’est pénible quand même, c’est un peu rater l’expérience, quoi..."

 

Est-ce qu’un artiste comme Slipknot par exemple, qui touche aujourd’hui un public jeune colossal, peut être l’avenir selon vous, l’incarnation de quelque chose de nouveau ?

Nan, nan, c’est un truc de jeunesse. C’est un peu comme 2Be3, c’est une époque de passage. « Slipknot » : voilà. Je crois pas que ça va aller très, très loin Slipknot. J’sais pas, on les sent du mauvais côté du manche. Et apparemment y’a beaucoup de défonce dans ce groupe et ça devient nuisible, y’a des morts maintenant. Moi, j’aime bien la défonce mais tant qu’on rigole quoi. Mais si y’a des morts, c’est pénible quand même (ndlr : Philippe Manœuvre fait allusion au décès de Paul Gray), c’est un peu rater l’expérience quoi...

Pas de radios, pas de télévision pour le metal. Est-ce un vrai problème pour ce style musical là ?

Nan, mais ils se rendent même pas compte ! On se rend pas compte à quel point c’est rebelle pour la télévision, voyez. J’ai vu quand Lussi, la chanteuse de la Nouvelle Star qui chantait Led Zeppelin, voulait chanter « Thunderstruck » mais la télé s’arrachait les cheveux : « Thunderstruck mais c’est quoi ?! AC/DC, Thunderstruck, en prime time ?!! » alors à la fin ils lui ont collé « Highway To Hell » et j’me battais contre ça et j’disais « mais arrêtez !! »

Et justement le mec qui avait chanté du Tool à l’époque. On avait quasiment senti un frisson chez vous avec lui. Ça vous a vraiment fait quelque chose ?

Ah ouais, moi, ça m’avait vraiment fait quelque chose ! Mais un chanteur hardcore pourra jamais chanter à la Nouvelle Star, il aurait vachement de mal ! Mais Lussie, qui avait fait un groupe de metal avec MyPollux, elle, elle déchirait. Et je continue à la voir, elle était chez moi dimanche soir. On discute. On va essayer de faire des concerts avec le Dharma Project. Lussie chante avec No One Is Innocent, elle fait un duo avec eux. Moi, j'suis content d’avoir fait la Nouvelle Star ne serait-ce que pour avoir rencontré Lussie.

Quand le gars joue du Tool, vous-mêmes vous parlez de « rock progressif ». Est-ce que le terme « metal », parce que Tool c’est du metal progressif, est un peu tabou pour un média comme M6, de grande écoute ? Est-ce qu’aujourd’hui c’est difficile d’en parler ?

C’est pas difficile d’en parler. On a le droit de le mentionner. Moi, j’ai essayé d’intéresser M6, mais je leur disais « vous savez on pourrait faire des grands documentaires, on pourrait raconter l’Histoire du hard rock, comment il s’est transformé en metal, les procès de Judas Priest, les messages backward (en arrière), une émission extraordinaire où on regarderait tous ça » et je leur disais « mais avec vos cinquante six minutes, vous êtes ridicules ! Vous vous rendez même pas compte, vous êtes passés à côté des meilleures Histoires du siècle ! Ozzy Osbourne ! Enfin... » Ils m’ont regardé comme un martien, quoi... Pour eux, ça va un peu loin. Ça en dit long. C’est une musique qui doit charrier quelque chose qui passe pas dans le monde réel des annonceurs, de la pub, de tout ça... Alors dans toutes les pubs on voit des guitares, ça se rapproche mais ça continue à les choquer je crois, les patrons de chaînes.

Mais vous regardez, vous, ce qui se fait dans la presse magazine metal ? Un magazine comme Rock Hard par exemple, vous le lisez ?

Bien sûr. Je le lis. Je le lis distraitement parce que y’a de moins en moins de groupes qui m’intéressent, que je connais, même moi, Philippe Manœuvre ! En 73, vous m’auriez questionné sur le hard rock, je connaissais tous les groupes existants. En 2011... Euh... Je peux vous dire « qu’il y a les « blackflammes oxygen » de Tokyo, j’écoute ça sur leur MySpace »... Et vous vous direz : « han, mais il en sait des choses ! » mais on est tous comme ça avec des groupes qu’on connaît et on n’arrive plus à se fédérer. Internet est là, c’est la Tour de Babel. On peut tous communiquer mais on n’arrive plus à mettre LE coup de poing mastoque comme quand Metallica est arrivé : « dégagez, y’a un nouveau shérif en ville, faites gaffe les mecs on va en prendre plein les oreilles ! ». Ça on ne l’a pas revécu depuis qu’Internet est là. Et c’est dommage.

Fin de l'entretien. Un petit jingle s’imposait. Le voici ci-dessous avec, en bonus, quelques éléments sur l’actu de Philippe Manœuvre et le regard qu’il porte sur son statut d’icône du rock français...

Philippe Manoeuvre : "Come on Radio Metal! This is Philippe Manœuvre! Rock n’roll baby !" (éclats de rires) La voix des Warriors Of Rock ! Ça, c’était le plus grand truc de ma carrière, c’est quand on m’a demandé de faire la voix de Gene Simmons sur Guitar Hero, Warriors Of Rock, j’ai approché ça avec respect (NDLR : on vient d'apprendre aujourd'hui qu'Activision cessait la production de Guitar Hero !). C’était une forme de consécration pour moi. Vous savez je refuse toutes les pubs, je trouve que ça serait pas bien. Si je peux éviter, si je peux vous éviter et nous éviter à tous... Mais par contre la voix de Gene Simmons dans un jeu de Guitar Hero alors là d’accord ! Et bientôt je fais un alien au cinéma, dans Paul. Je fais un alien fumeur de pétards qui essaie de s’évader de notre planète et voilà, ça, c’est des trucs dont j’ai envie, ça me plaît bien et je pense que c’est cool de le faire mais tout le reste, non. […] Je fais gaffe de ne pas sombrer dans la caricature, je suis caricaturé par des Laurent Gerra, des Canteloup mais ça va avec le territoire, les gens me connaissent, ils ont le droit de me caricaturer hein ! Le rock survivra ! (éclats de rires)

 

 

Source : Radio Metal

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