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Interview Rock Français par S.Jonathan

Une interview de Philippe Manoeuvre du 10 janvier 2011 :

Stéphane Jonathan : Quelle est la vraie motivation derrière ce livre ? Dresser un panorama de l’histoire du rock français ?

Philippe Manoeuvre: Oui, c’est ça. Des Chats Sauvages aux BB Brunes. C’est un livre étrange où l’on trouve 10 disques qui se sont vendus à plusieurs millions d’exemplaires, et 113 autres qui n’ont pas dépassé les 5000 copies et c’est pour ces derniers qu’on l’a fait, pour les obscures et les sans-grades du rock français. On a voulu faire l’autopsie du rock français, expliquer d’où il vient pour essayer de comprendre où il va. Dernièrement, le groupe américain Kings of Leon a dit voir en Elvis Presley une sorte de père fondateur. Amusez-vous à demander à des groupes français ce que Johnny Hallyday représente pour eux et vous verrez qu’aucun ne donnera une réponse respectueuse envers Hallyday.  Voila le problème du rock français : il est incapable d’admettre d’où il vient… ce livre cherche à mettre cette question à plat, à recenser les mouvements d’idées qui nous sont propres et à comprendre notre façon d’intégrer les modes anglo-saxonnes.

Chaque fois que j’appelais un auteur comme Frédéric Beigbeder, Vincent Ravalec ou les anciens journalistes de « Best » pour participer au livre, ils me répondaient qu’ils le feraient parce qu’ ils le pensaient utile : il fallait qu’enfin, quelqu’un expose tout ce qui s’est fait dans l’histoire du rock en France.

Longtemps, le rock français a été complexé vis-à-vis de ses modèles anglo-saxons…

Ce n’est plus vrai maintenant. Le groupe français Phoenix vient de remplir le Madison Square Garden de New-York ; ce qui est le but ultime, mythique, pour tous les groupes de la terre. Et c’est Daft Punk, un groupe français, qui a fait la musique du prochain film Disney.  En 1994, le suicide de Kurt Cobain (le meneur de Nirvana, NDLR) a balayé le rock de la carte pendant plusieurs années, supplanté par l’electro. Rapidement,  les musiciens de la « French Touch » se sont hissés au niveau de la scène internationale. Ca a décomplexé tout le monde. On le voit depuis 10 ans et le retour du rock : les BB Brunes sont d’aller à Londres enregistrer un album en anglais pour le marché britannique, par exemple.

Reste le  débat éternel de la langue: faut-il chanter en anglais ou en français ? Phoenix chante en anglais et cartonne aux USA, mais tous les groupes qui ont réussi en France chantaient en français : les Chats Sauvages, Téléphone, Noir Désir… Après, tout le monde n’arrive pas à faire sonner le rock en français. Le petit gars des BB Brunes a tout compris : Son « Dis Moi », ça sonne comme un « Ooh Yeah » ! Dingue que personne n’y ait pensé avant.

Avez-vous joué dans un groupe vous-même ?

Oui, entre 1977 et 1979, j’étais batteur dans les Rock-Critics, un groupe composé uniquement de journalistes qui étaient en train devenir méchants. Pour un bon mot, on aurait réduit n’importe qui en bouillie dans nos articles. Et je crois que cette expérience nous a appris que jouer dans un groupe, c’est peut-être le boulot le plus difficile qu’on puisse faire. Nous, on n’est jamais sorti de notre cave de répète, par exemple ! Cette expérience m’appris combien l’art est difficile et à respecter tous ceux qui s’essayent d’en vivre.

Participer à la « Nouvelle Star », n’était-ce pas courir le risque de devenir votre propre caricature ?

Quand M6 m’a appelé, mes proches faisaient des réflexions du genre « ah, tu auras l’air fin en costume-cravate ! ». Quand ils m’ont vu à l’écran avec mon T-shirt rouge siglé Magma et mes lunettes noires, ils se sont juste dits « Ah ben, c’est vraiment Manœuvre alors ! » (rires). J’ai conscience de mon image publique. C’est un beau personnage d’amateur de musique, qui a consacré toute sa vie à essayer d’aider les musiciens ; et je n’ai pas envie d’abîmer cette perception qu’on a de moi. Le risque serait de finir par devenir une espèce de Mr Rock obligatoire et incontournable, mais moi j’ai rien demandé. Je suis juste là à faire mes articles depuis 1975… Les télés sont venues me chercher, mais je n’ai jamais changé.

Il y a une question récurrente, qui apparaît dans chaque numéro de "Rock & Folk", alors vous n'y couperez pas: "Etre rock en 2010, c’est quoi ?"

C’est ne pas avoir baissé les bras et continuer à y croire. On vit tout dans le rêve d’un nouveau « gamin magique », comme Kurt Cobain dans les années 90, Syd Barrett dans les 60’s. C’est aussi ne jamais accepter l’idée que la création soit forcément liée à une industrie et à l’argent.

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